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Solenne Devys « Quand on est bon marqueteur, quelque part, peu importe l’industrie dans laquelle on est, on s’adapte très vite »

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photo chambre Okko Hotel

Solenne Devys, Directrice Produit et Communication chez Okko Hotels, est l’invitée de notre interview pour aujourd’hui. Elle nous raconte son métier rempli de passion et d’engagement. Après avoir découvert l’hôtellerie quelques années plus tôt, elle en tombe très vite amoureuse.

Question 1. Pour faire un peu plus original, pouvez-vous vous présenter en trois mots ? 

Oulà, ahaha, je vais dire…

Marqueteur parce que c’est mon métier, c’est un métier que j’adore car il mêle l’économie, la sociologie mais aussi une certaine vision parfois du Beau, de l’esthétisme, de l’intuition et portrait interview Solenne Devysdes chiffres. Et c’est tout ce que j’aime !

Hôtelière car chez Okko, on dit parfois qu’on est des « artisans de l’hôtellerie ». C’est une industrie que j’ai découverte et dont je suis tombée profondément amoureuse parce que c’est un métier qui est basé sur l’humain où l’on passe du temps avec les gens que ce soit nos clients ou nos équipes. Et je le vis même dans cette période extrêmement compliquée ; avec des interactions, des moments de grâce et même des petits mots hypers mignons qui nous touchent beaucoup. C’est d’ailleurs dans une situation comme celle-ci, où on se serre les coudes que je suis heureuse d’appartenir à la famille du secteur hôtelier.

Maman (même si c’est un peu personnel) parce que je suis maman depuis 6 mois, j’ai eu un petit bébé pendant le confinement ; je suis un peu la seconde maman de mes trois frères et soeurs mais aussi de ma bande de copains. Et ce que j’aime le plus dans la vie, c’est de réunir tout le monde autour d’une bonne bouffe et d’une bonne bouteille. Et j’ai hâte que ce soit fini pour enfin retrouver tout le monde.

Question 2. Nous avons remarqué que bien avant de travailler dans l’hôtellerie, vous avez eu un parcours plutôt atypique en obtenant votre diplôme à l’école de commerce l’EDHEC. Puis, vous avez commencé par travailler dans plusieurs marques de luxe telles que Dior ou bien Louis Vuitton. Puis, vous êtes allée direction la Chine, pour un poste de Responsable stratégique marketing international. Ma question, c’est pourquoi avoir changé de secteur ?

C’est une superbe question !

Effectivement, j’ai eu l’opportunité de faire toute mon année de césure dans une entreprise qui est une des meilleures écoles de marketing ; ce qui m’a permis d’avoir une très bonne compréhension du métier de Chef de Produit, qui consiste finalement à être chef d’orchestre donc bien coordonner. Ce qui est une réelle passion pour moi ! C’est vrai que j’ai beaucoup aimé cet esprit de « Maison » à la fois chez Louis Vuitton ou bien Dior. Mais je vous avoue qu’en termes d’humain, je ne m’y suis pas spécialement retrouvée, même si au quotidien ce sont des très beaux boulots. Seulement en matière de confort de travail, on n’a pas toujours cette confiance des managers ou cette bienveillance. Et je me suis posé la question : est-ce que j’ai réellement envie de faire ma carrière dans des entreprises comme celles-là ?

Et en partant en Chine justement, je me suis retrouvée dans un boulot qui partageait mes valeurs, celle de la bienveillance et du partage, avec beaucoup d’autonomie et j’ai adoré cette expérience ! Je me suis dit qu’au final je n’étais pas faite pour travailler dans un grand groupe, où l’on passe autant de temps à essayer de se faire bien voir et de tirer son épingle du jeu, plutôt qu’à travailler et construire ensemble. Je me suis dit que l’industrie de luxe ce n’était pas pour moi ; en tout cas dans des structures où l’humain n’avait pas véritablement sa place.

Question 3. Vous me dîtes que vous n’êtes pas faite pour travailler dans un grand groupe mais Okko Hôtels n’est-il pas justement un grand groupe ? 

Okko Hôtels, c’est une petite boutique familiale avec 170 salariés avec une dizaine d’hôtels dont deux vont ouvrir bientôt. Au siège social à Paris, nous sommes une vingtaine seulement. salon lounge Okko HotelMais vous savez, tout le monde se connaît ! Donc pour moi, ce n’est pas ce que j’appelle un grand groupe. On est plutôt une jolie PME et ce que j’aime, c’est qu’on a cette proximité managériale qui pour moi est absolument essentielle. Il y a ce côté où l’on sait que la porte est ouverte et que si on a des idées, on peut lever la main et proposer telle solution. Et ce qui est amusant, c’est qu’au fur et à mesure ça nous oblige à structurer les choses car si on veut offrir des parcours aux jeunes et leur assurer une progression constante et une carrière sur le long terme; on est obligé de structurer les choses tout en construisant des outils clairs. Peut-être qu’on commence à le devenir, mais j’espère qu’on saura bien se protéger et faire attention à notre taille et surtout à la qualité de nos relations.

Question 4. Le fait d’avoir eu déjà plusieurs expériences en tant que Chef de Produit ou même Responsable Marketing, cela vous a-t-il aidé, à progresser dans votre poste actuel qui est celui de directrice Produit et Communication. Qu’avez-vous fait pour vous adapter à une toute nouvelle entreprise qui appartient au secteur du tourisme et de l’hôtellerie ? 

Quand on est bon marqueteur, quelque part, peu importe l’industrie dans laquelle on est, on s’adapte très vite. Je suis quand même passée d’une entreprise de bien de consommations à celle des services ; et ce n’est pas du tout la même façon d’appréhender les choses. Et en même temps, il y a des problématiques communes et c’est un petit peu comme tout car les bonnes vieilles méthodes s’appliquent quand même d’un secteur à l’autre, selon l’environnement et le benchmark. Finalement, on se pose les mêmes questions à savoir ce qu’il manque sur le marché, quelle pourrait être la stratégie un peu différenciante et on se lance!

Faire du design de service et du design de produit, c’est différent mais il y a aussi des ponts. Quand on travaille sur les formations autour de l’attitude et du 4 étoiles pour nos équipes, je trouve des codes et des rituels issus du retail de luxe.

Question 5. Vous êtes donc au siège social à Paris maintenant depuis 10 ans. Pourquoi avez-vous choisi de travailler à Okko et pas dans un autre groupe hôtelier ? 

Je vais vous raconter une anecdote qui est assez marrante ; quand j’étais à l’EDHEC à Lille, tous les ans il y avait un forum des professionnels où toutes les grandes boîtes prenaient un stand pour aller vendre des stages et des offres d’emploi. C’était un peu comme un mercato des jeunes diplômés ! Et je me suis rendue au stand d’une très grande chaîne hôtelière que tout le monde connaît, qui est leader européen, et puisque je connaissais le monsieur qui s’en occupait, c’était un ami de mon papa. Et en discutant, je me suis rendu compte que le stand ne recrutait pas du tout car il ne savait pas encore très bien comment recruter les profils des grandes écoles et surtout des écoles non hôtelières.

Un peu plus tard, quand mon papa est venue me voir en Chine, j’ai sauté sur l’occasion lorsqu’il m’a fait part de son projet de recruter une équipe pour créer une entreprise, après quinze ans passés dans l’hôtellerie. À ce moment-là, je venais de finir mon Master en Entrepreneuriat et je me suis lancée dans cette aventure avec lui. Et dix ans après, me voilà encore-là, chez Okko !

Question 6. Et donc, en quoi consiste réellement votre travail en tant que Directrice de produit et communication ? 

Au quotidien, je m’occupe surtout de mon équipe parce que ce eux qui font tout le boulot ! Non je rigole. Mais manager des équipes fait partie vraiment d’une des choses les plus intéressantes dans mon boulot.

Instagram okkohotels
© Capture écran Instagram Okko Hotels

Quand on progresse en même temps qu’une entreprise, au début et bien on fait tout soi-même. J’ai des souvenirs épiques de l’ouverture de notre premier hôtel, où on a fait tout nous-mêmes. Et au fur et à mesure ; on recrute, on délègue et l’essentiel de ton job devient de manager et je trouve ça passionnant. J’ai eu de vraies difficultés et je me suis rendu compte qu’en école de management, on n’avait pas appris grand-chose sur le sujet. Mais c’est comme tout, quand on est un peu curieux, c’est avec l’expérience qu’on apprend.

Donc voilà ma principale mission c’est de manager mon équipe et de donner une ligne directrice. Ils sont en charge de sujets très variés. Côté communication et digital : bien sûr des réseaux sociaux, du site web, de toutes les améliorations qui sont apportées, du contenu, des campagnes Adwords et des stratégies de référencement. Côté food and beverage : c’est plus imaginer notre offre à la carte, trouver de nouveaux fournisseurs et travailler sur des sujets de coût-matière. Côté design : c’est imaginer la déco des hôtels en trouvant de nouveaux designers ou en constituant les briefs de nos futurs projets. Nous gardons tout en tête, le sujet central de la qualité au travers de l’analyse constante des commentaires clients. Savoir quelles sont les demandes, quels sont nos atouts et quels sont les points d’amélioration. On travaille aussi beaucoup en transverse sur des sujets comme la RSE notamment à travers des enjeux de développement durable.

Voilà, donc on ne s’embête pas au quotidien !

Question 7. Si un étudiant souhaite se lancer dans ce coeur de métier, quelles seraient les qualités et compétences essentielles à avoir ? 

Dans le marketing, c’est toujours très important d’avoir une grande curiosité intellectuelle. Je juge souvent les candidats à leur capacité à organiser eux-même leur veille. Est-ce que la personne a le réflexe de regarder régulièrement les médias ? Est-ce qu’il connaît déjà une liste de médias spécialisés ou est-ce qu’il suit les infos ? Est-ce que lui-même va chercher des conférences, des salons où il va pouvoir se rendre pour des contacts et où il va pouvoir découvrir de nouvelles choses ? Est-ce qu’il sait aussi créer des liens et se constituer un réseau ? C’est tout ça qui fait la qualité d’un bon Chef de projet ou voire même un bon Directeur Marketing.

Avec l’expérience, ce qui compte aussi c’est le carnet d’adresses, il faut s’en construire tout le long de sa carrière. Connaître des graphistes, des photographes, des directeurs artistiques, des particuliers qui bossent en free-lances comme en agences. Ça c’est hyper important surtout des gens en qui on a confiance !

Pour ma part, je trouve que c’est une grande chance quand on est entrepreneur de pouvoir choisir les gens avec qui on travaille, alors évidemment que je fais travailler mon réseau. Mais si demain, vous intégrez une boîte et que vous apportez vos contacts fiables, efficaces et professionnels : on va vous accueillir à bras ouverts ! Ne jamais oublier non plus de contacter des gens qui font le même métier que vous. Si vous butez sur un sujet, ils ont probablement buté sur le même, et ils pourront certainement vous faire gagner du temps en partageant leur expérience avec vous, comme vous le ferez pour eux à une prochaine occasion.

Question 8. On parle maintenant de la crise sanitaire, y a-t-il eu un impact ? Il semblerait que vous ayez fermé vos hôtels pendant le confinement. Mais est-ce qu’en termes de communication et marketing, cela a-t-il changé quelque chose ?

Oui. On est rentré dans une communication d’urgence permanente pendant cette période où on avait des directives qui tombaient sans aucune concertation préalable, comme cela a été le cas pour les restaurateurs à qui on a dit à 20H, de fermer leurs portes à minuit. Donc on a dû vivre avec ça, prendre les infos qu’on avait et parfois attendre avant de pouvoir prendre les décisions. Ce n’est pas évident, c’est sûr ! Est-ce que l’hôtel ferme ? Comment va-t-on l’annoncer aux clients ? Il fallait donc penser à mille choses en même temps et donner de la visibilité à nos équipes et à nos clients. Pour ma part, dès qu’une décision a été prise, je la communiquais à mon équipe ; ils réfléchissaient à ce qu’ils allaient faire sur les réseaux sociaux, sur le site web, sur les mails de confirmation, sur les répondeurs téléphoniques. Pleins de choses se sont déclinées à chaque nouvelle mesure.

Au premier confinement nous avons repositionné notre offre et nous en avons profité pour se réinventer (en travaillant sur le Storytelling des nouveautés par exemple ou en organisant des shootings photos pour créer du contenu utilisable pour la suite).

Avez-vous des conseils à donner aux petits hôtels ou hôtels indépendants qui font aussi face à cette dure crise sanitaire ? 

J’aime beaucoup parler avec les hôteliers indépendants parce que je les trouve extrêmement courageux de tout gérer eux-même, il y a tellement de choses à maîtriser. Et leur métier aujourd’hui n’a plus rien à voir avec le métier d’il y a 20 ans donc c’est très dur pour eux de se réinventer et ça doit être encore plus dur dans des périodes comme celles du coronavirus. À ceux qui ont la volonté de communiquer, je les invite à faire le plus simple possible, afin de le faire sur le long terme.

On peut très bien choisir ses axes de communication : une page Facebook ou Instagram tout en privilégiant seulement un canal. Si vous êtes un très joli petit hôtel de charme avec une déco très design, je vous conseille Instagram. Si à l’inverse, vous êtes plutôt un grand hôtel d’affaires, c’est sûr qu’Instagram n’est plus la cible, donc je conseille de vous mettre sur les agences de voyages en ligne en incitant vos clients d’écrire des retours.

La réelle question à se poser est celle du positionnement : qui suis-je ? quelle est ma cible client ? Il ne faut pas hésiter à en parler aux jeunes qui nous entourent car ce sont eux finalement les pros de la communication aujourd’hui, ils sauront vous dire sur quel canal se diriger selon votre type de clients.

Site web épuré blanc Okko Hotel
© Capture écran Site Web Okko Hotels

Dernière question. Nous nous sommes rendus sur le site web de Okko Hotelet nous avons remarqué que l’esthétisme du site était très soigné et épuré, le personnel est représenté parfois par de jolies caricatures. Vous possédez aussi un compte Instagram où le contenu est riche et original. Quelle est donc votre stratégie digitale ? Quelles valeurs l’hôtel souhaite transmettre ? 

Dans notre stratégie digitale, vous l’avez dit, il y a un côté épuré. Nous on aime que le site soit beau et esthétique. Mais notre objectif premier, c’est de générer de la réservation en direct et que la personne qui visite notre site, ait envie de réserver chez nous. On essaie donc de mettre en avant certains avantages, notamment un module qui permet de comparer le prix de leur chambre et celui des agences de voyages en ligne, pour lui montrer qu’on est bien les moins chers. D’ailleurs avec la Covid, on a observé un bond des résas en direct, ce qui est vraiment très appréciable.

Et après, il y a effectivement une stratégie de contenu où il est notamment essentiel que le site soit à jour. On aime bien mettre du contenu complet sur l’entreprise, nos missions, notre manifesto et ça pour que les fournisseurs, les jeunes diplômés et journalistes qui viennent regarder notre site et qui finalement s’y retrouvent.

Pour le client final, c’est ce qu’on se dit : c’est que s’il perçoit ce qu’on est à travers de notre site web, et bah c’est qu’on a tout gagné ! Soit ça lui correspond et il réserve ; soit il se dit « ce n’est pas exactement ce que je recherche parce que je souhaite quelque chose de plus traditionnel » et là j’ai envie de dire tant mieux ! Notre site est fait pour bien expliquer aux gens ce qu’ils vont réserver. Car malheureusement aujourd’hui, sur les OTAs par exemple, on est tenté de faire des réservations hypers vites et on ne regarde pas jusqu’au bout des choses, jusqu’au bout de ce qu’on a réservé. Donc on espère que notre site vient un peu pallier ce problème-là.

L’invitée logo Okko Hotel etourismeblog interview

Solenne Devys Directrice de Produit et Communication chez Okko Hotels

Etudiant en charge de l’interview 

Chloé Lamarque d’Arrouzat Etudiante MBA 2 Tourisme IEFT en
contrat d’alternance à l’Hôtel Edmond W Lyon – 

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