Bonjour Mr Courcaud, pouvez-vous vous présenter ? (Votre parcours, vos différentes expériences professionnelles)

Je m’appelle Christophe Courcaud. J’ai appris le métier d’ingénieur en informatique système d’information lors d’un cursus en ingénierie à Paris à l’ESIEA. À la suite de ce diplôme, j’ai travaillé chez IBM à en tant que consultant au niveau bancaire, puis j’ai créé ma propre entreprise d’informatique, que j’ai par la suite revendue.

Après ces expériences, j’ai beaucoup travaillé dans les DOM-TOM. Premièrement à Wallis et Futuna pendant 4 ans où j’étais ingénieur chez Orange, puis dans différentes SS2I en tant que DSI (responsable informatique). Plus récemment, j’ai occupé ce même poste à Tahiti pendant trois ans.

Parallèlement à ces activités je travaillais avec Google sur des projets depuis quelque année. Je leur avais émis mon souhait de travailler sur la cartographie à 360 degrés dans le domaine touristique. Je souhaitais travailler dans des zones isolées et plus particulièrement dans les îles. J’ai donc commencé à Tahiti, où je me trouvais, à travailler sur la cartographie pendant un an et demi, en 2019.

Plus récemment, en juin 2020, je suis rentré en France. Je travaille désormais à mon compte. J’ai réactivité une entreprise que j’avais et je travaille pour des destinations touristiques. J’ai travaillé dernièrement pour la Somme, l’ile de Ré, l’Ile d’Oléron, le bassin d’Arcachon et la Guadeloupe. Je suis actuellement en train de finaliser un projet pour cartographier Saint-Pierre-et-Miquelon en septembre 2021, le département de l’Oise d’avril à aout 2021 et probablement la Martinique.

Vous dites « travailler pour des destinations touristiques », quelles sont vos missions pour les aider ?

En travaillant avec Google, je dispose d’une multitude d’agréments qui me permettent de faire ce métier.

Le premier agrément est « Street View Trusted », qui me permet de faire des vues 360 degrés sur de très longues distances que ce soit à la fois en voiture, à pied, en quad, dans une golf cart ou dans n’importe quel moyen de locomotion. La vue Street View est utile pour donner de la vie à une destination qui n’a jamais été couverte.

Le second agrément est le « Geo Data Partner » qui me permet de mettre à jour les cartes Google Maps en temps réel pour créer des cheminements inexistants, modifier des sens de circulation ou indiquer des zones accidentogènes. C’est beaucoup demandé par les destinations touristiques.  Mais ce qui est le plus demandé dans le cadre de cet agrément est la création de POI (point d’intérêt). Les POI sont tous les lieux susceptibles d’attirer des touristes (une plage, un point de vue, un bâtiment administratif, un parc naturel…). Il est donc très important de tous les répertorier.

Enfin, le dernier agrément que j’ai est le « Transit Partner ». Il est très intéressant car il me permet de mettre en ligne les horaires de transport en commun des sociétés de bus, ferry ou métro sur Google Maps. Le but est de générer un itinéraire de transport en commun sur une commune. Je suis actuellement en train de le faire en Guadeloupe, pour les bus du département de la Somme et pour une compagnie de ferry à La Rochelle.

Comment entrez-vous en contact avec les différentes destinations ? Existe-t-il une vraie demande ?

Oui il y a une vraie demande. Aujourd’hui, c’est moi qui génère cette demande car nous ne sommes que quelques-uns à faire mon métier dans le monde. Je suis quasiment le seul français à faire ce métier. J’ai la chance d’avoir des agréments de confidentialité particuliers avec Google qui me permettent d’avoir des accès privilégiés.

J’ai démarché plusieurs destinations touristiques qui n’avaient aucune visibilité et qui se demandaient depuis longtemps comment être plus visible. Elles ne savaient pas comment utiliser Google pour promouvoir leur destination, car on ne sait pas forcement comment et qui contacter chez Google.  C’est donc moi qui les ai contactées et j’ai eu directement des retours positifs. J’ai eu des réponses favorables de la Guadeloupe et de Saint Pierre et Miquelon en quinze jours !

Je pense donc qu’il y a une vraie demande mais que les destinations ne savent pas comment contacter Google. J’interviens dans ce cadre.

Dans l’avenir pensez-vous que ces outils puissent devenir indispensables pour une destination touristique ?

Je pense que oui. Les gens qui veulent réserver un séjour dans un hôtel ou un Airbnb, cherchent toujours à connaitre l’environnement proche de leur logement. Ils veulent savoir s’il est calme, s’il est dans une zone sûre, est ce qu’il y a des restaurants autour etc. Le fait de ne pas être cartographié peut être un frein pour la réservation d’un séjour car cela peut aider au déclenchement de la réservation. Quand on est habitué à voyager, on utilise régulièrement ces fonctionnalités. Personnellement je les utilise quand je voyage en Europe, au Mexique, en Asie et dans le monde entier.

Je me suis rendu compte du vrai manque quand je suis parti à Tahiti, puis aux Antilles. Google ne cartographiait pas les îles, n’allait jamais dans ces régions isolées pour différentes raisons. Dans les pays développés, on ne s’en rend pas forcement compte car les Google Car passent partout et on considère que cela est commun. En vérité ce n’est pas vraiment le cas. C’est donc pour cette raison que je me positionne en intermédiaire pour les aider à avoir cette visibilité.

Ensuite, les résultats sont assez rapides. Par exemple pour la Guadeloupe, il y a trois semaines, il y avait approximativement 20 000 vues par jour sur l’ensemble des photos faites sur place. À la suite des annonces du Président de la République concernant l’ouverture des frontières à partir du 15 décembre, La Guadeloupe est passée dès le lendemain à 50 000 vues par jour. Il y a donc eu une multiplication par deux et demi ! Cela montre le besoin des gens de voyager mais surtout le besoin d’avoir des images. Donc selon moi oui, une destination doit être présente sur ces supports.

Comment visualisez-vous l’évolution du digital dans le monde du tourisme ?

On le vit de plein fouet, désormais tout doit être « full digital ». Dans tous les cas, les voyageurs ont besoin du digital pour se rassurer donc ça passe par des images Street View. Ces vues sont très intéressantes pour réaliser des visites virtuelles à distance, avec des casques de réalité virtuelle pour des gens qui ne pourraient pas voyager. Ils pourraient gouter au plaisir d’être sur une plage en Guadeloupe avec la cartographie de la plage du Gosier, à l’est de Point-à-Pitre. Grâce à un casque de réalité virtuelle et à l’application Google Street, on peut se promener sur une plage avec la sensation d’y être physiquement.

De plus, le digital est un vrai déclic pour l’aide à la réservation, ça marche également pour les tours opérateurs qui peuvent montrer les destinations à leur client potentiel.

Donc pour moi le digital est très important dans le tourisme. Il y aura toujours des réfractaires, des personnes qui veulent visiter un pays sans avoir vu aucune image au préalable pour avoir la surprise sur place. Je peux le concevoir, moi aussi j’aime bien avoir une part de surprise quand j’arrive dans un endroit. Quand on voyage en famille on a quand même le besoin d’être rassuré. Je pense qu’une grande partie de la population a besoin du digital pour voyager.

Finalement, à cartographier les plus belles régions du monde, est-ce que vous n’auriez pas un métier de rêve ? 😉

En fait oui, c’est un métier cool ! C’est moi qui me le suis créé car il n’existait pas. C’est un domaine de niche où peu de personnes peuvent travailler. C’est vrai que c’est un peu le rêve mais le revers de la médaille c’est qu’on est loin de chez soi, loin de sa famille, même si souvent ce sont des missions relativement courtes de 2 à 3 semaines.

J’ai déjà beaucoup voyagé dans ma vie. Avec mon métier je voyage encore un peu plus, je découvre de nouveaux endroits, de nouvelles cultures, je partage aussi avec les gens, je leur offre mon expertise et mes retours d’expérience sur ce que j’ai pu faire à Tahiti par exemple, qui était un vrai chantier !

Actuellement c’est un secteur qui fonctionne bien et finalement, le tourisme représente une petite partie de l’utilisation de ces outils. Les agents immobiliers utilisent ces images pour présenter des biens immobiliers sans avoir à se déplacer, les assureurs font des devis à distance sans se déplacer, les services d’entretien des routes ou encore les services des impôts utilisent ces images pour travailler.

On me compare parfois à un photographe ou à un vidéaste mais je ne suis ni l’un ni l’autre. Je suis un ingénieur qui utilise le digital, des outils de technique pointus, pour mettre en avant touristiquement des destinations… un explorateur des temps modernes !