Interview
Interview Léa Moreau par un magazine coréen

Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

Je m’appelle Léa Moreau, j’ai 27 ans. Je travaille dans le milieu du tourisme depuis bientôt 4 ans.

J’ai commencé mes études par un BTS tourisme que j’ai fait par correspondance avec le CNED, tout en vivant en Thaïlande ( Chiang Mai). Ensuite j’ai entamé un Bachelor d’un an en Management du tourisme à La Rochelle . À la suite de ça, j’ai fait un stage de 6 mois en Corée du Sud dans la ville de Gwangju qui s’est finalisé sur un contrat de travail d’un an dans une Guesthouse/ café de voyageurs. Après cette expérience, j’ai vraiment décidé de me focaliser sur ma vie en Corée du Sud. J’ai travaillé dans différentes structures que ce soit un centre culturel international, une guesthouse, un café ou autres. Maintenant, je travaille pour le gouvernement coréen en tant que spécialiste du tourisme dans la province de Jeolla.

Pourquoi avez-vous fait le choix de partir en Corée ? Est-ce que vous avez vu un potentiel touristique dans cette destination ?

J’ai toujours été passionnée par l’Asie en général. Quant à l’âge de 8 ans, j’étais déjà partie en voyage pendant 5 semaines en moto en Indonésie. Grâce à mes parents et aux voyages en famille que nous avons fait, je me suis vraiment découvert une passion pour cette région du monde.

Mon grand-père a aussi contribué à ça, car il s’intéressait beaucoup à l’histoire des pays. C’est après avoir lu un livre avec lui sur la guerre de Corée que je me suis penchée sur ce pays.

En plus de la Corée du Sud, j’étais très intriguée par la Corée du Nord avec sa dictature et ses différences sur les droits de l’homme que nous connaissons en France.

En plus des connaissances que j’avais sur la Corée, j’ai fait de nombreuses rencontres qui m’ont poussé à voir de plus près ce pays. Les contacts et le rayonnement de l’image coréenne en France (la gastronomie, les Dramas visionnés à la télévision, la K-pop…)  ont accentué  mon intérêt pour la Corée du Sud.

De plus, j’ai eu la chance de rencontrer de nombreux coréens lors de mon Working Holiday Visa en Australie. C’est ce qui m’a poussé d’aller trois fois en Corée pendant mes études de tourisme. Après cela, je ne voulais plus seulement visiter, mais je voulais vivre là-bas et m’imprégner de la culture, des coutumes et de la langue.

J’ai donc débuté par faire un stage et étapes par étapes, j’ai fini par m’installer pleinement ici.  Même si c’est par amour de la culture que je me suis venue en Corée du Sud ; en étudiant le tourisme, j’ai pu remarquer que la Corée du Sud n’était pas un pays encore très développé touristiquement parlant et pour moi je voyais un réel potentiel en surfant sur la vague coréenne comme stratégie de communication ayant pour cible les étrangers.

Pour moi, il y a énormément de choses à voir en Corée à travers sa façon de vivre, mais aussi ses paysages. Ce pays offre variété de paysages grâce à ces parcs nationaux et ces ressources naturelles. Ce pays à offre un réel potentiel et des avantages à développer dans le milieu du tourisme.

En quoi consiste votre métier actuel ?  Quelles sont vos missions ?

Je suis fonctionnaire pour le gouvernement coréen. J’ai signé un contrat de 2 ans dans la ville de Sunchang qui est située dans le sud du pays.  Aujourd’hui, j’ai 3 missions principales.

La première, c’est de créer du contenu vidéo notamment sur Facebook, YouTube et Instagram. J’utilise les réseaux sociaux afin de promouvoir les différentes activités de la ville, les lieux touristiques et aussi de montrer les différents projets que la mairie et le gouvernement mettent en place.

La deuxième mission, c’est d’être guide dans un bus touristique qui a été mis en marche cette année. Je travaille 3 jours par semaine sur cette activité. J’ai pour mission de présenter notre destination et de conseiller les voyageurs pendant leur voyage. J’ai pour but d’animer le tour de bus en leur présentant les différents lieux touristiques et leur donnant des conseils pratiques.

La troisième mission, est d’aider au rayonnement et à la promotion touristique de la ville/ région. Mon travail m’amène à faire de nombreuses interviews (magazine et radio) , de show télévisés, de documentaires.

Pour vous,  quels outils digitaux vous semblent les plus bénéfiques dans votre métier ?

Aujourd’hui je pense qu’Instagram et YouTube sont les 2 plateformes en ligne les plus utilisés et efficaces. Ce sont de très bons moyens de communication à l’échelle internationale qui sont gratuits et très facile d’utilisation. Grâce à l’utilisation de hashtag sur Instagram, on facilite la promotion et la communication des territoires à grande échelle. Les utilisateurs peuvent très facilement trouver des informations sur des lieux, des cafés, des restaurants et des attractions touristiques qu’ils voudraient visiter selon leurs propres centres d’intérêt.

YouTube est aussi un moyen facile et ludique pour donner envie aux gens tout en leur proposant d’accéder à du contenu gratuit au quotidien.

Je trouve que ces deux plateformes sont nécessaires pour développer et pour promouvoir le tourisme sur place. Elles permettent  d’avoir des retombées certaines car elles créent une visibilité internationale.  Cela permet d’avoir une large cible de prospects étant donné que des millions d’utilisateurs se connectent sur ces plateformes une à plusieurs fois par jour dessus.

Quel type de prospects ciblez-vous avec vos réseaux sociaux ?  

Pour ma part, j’ai 2 chaînes YouTube et un compte Instagram :

–  Une chaine YouTube avec un contenu en anglais et qui a des sous-titres en coréen, ce qui me permet de toucher une clientèle internationale (j’ai été principalement embauchée afin de promouvoir la ville envers les étrangers). Mais cette année, avec la crise sanitaire et les restrictions touristiques, nous avons été obligés de nous focaliser sur un tourisme principalement local, composé essentiellement de coréens.

–  Une chaîne personnelle sur YouTube qui est en anglais et en français qui touche un public international et francophone.

–  Un compte Instagram qui mélange de l’anglais et du coréen

D’après vous, comment peut-on se démarquer dans ce type de métier lié au digital ?

Concernant mon travail actuel, j’ai eu énormément de chance car j’ai été choisie grâce à mon profil. Après m’avoir embauchée, le gouvernement coréen à créer une position et des missions qui me correspondaient. Pour cette raison, je n’ai pas de conseil à donner sur la concurrence entre professionnels du tourisme.

Cependant, ce que je peux recommander comme dans tous corps de métier, c’est qu’il faut avoir un maximum d’expériences et de compétences à côté du poste ou des missions que vous visez : que ce soit de la création d’un blog, dans l’ouverture d’une chaîne YouTube, d’essayer de filmer des vidéos Tik-Tok…. L’intérêt est de se diversifier au maximum et de développer ses compétences dans d’autres domaines en lien avec notre corps de métier. Cela nous permet de nous sensibiliser à l’utilisation des multimédias et du digital. Aujourd’hui, j’essaie de me former moi-même au quotidien sur un maximum de plateformes. Cela me demande un effort personnel, mais grâce à cela j’agrandi mon portfolio.

Je pense qu’il est nécessaire de s’améliorer continuellement en fonction des tendances.

Pour vous, comment réussi-t-on à avoir un contenu digital performant ?

Je l’apprends tous les jours… (rire).  Il faut se renouveler en permanence et pour cela, il est important d’étudier ce que font nos concurrents, pour comprendre ce qui marche, étudier les tendances des abonnées.

Aujourd’hui, on a énormément de contenu qui est produit tous les jours. C’est pour cela que régulièrement, je prends du temps à regarder des vidéos de plusieurs Youtubeurs pour améliorer mes montages et apprendre des techniques utiles au quotidien. Je ne regarde pas exclusivement des contenus sur la Corée du Sud, je me renseigne dans de nombreux domaines et je suis des personnes dont je reconnais les qualités dans leur contenu ( ex : Nas daily)

En plus de ça, je me renseigne sur les différents projets mis en place par les offices du tourisme en regardant les comptes Instagram officiel des organismes de tourisme et en dénichant les informations clés mis à disposition par des médias d’actualités.

J’essaie aussi de créer des partenariats ou collaborations avec des gens en rapport avec une niche de voyageurs ou un type de voyageur qui pourraient être intéressés par notre destination . Au final, il y a vraiment un ensemble de paramètres à prendre en compte.

Est-ce que vous voyez une différence d’utilisation du digital entre la France et la Corée ?

Bien sûr, il y a une différence d’utilisation. Mais cette différence se fait en grande partie par l’offre du débit internet de la Corée.

Ici, j’ai l’impression d’avoir de la 5G voir 6G par la rapidité d’internet. En France, je pouvais prendre 30 minutes à 1heure (voir 2heures) pour mettre en ligne une vidéo sur YouTube.  Ici, en quelques minutes c’est en ligne.

Cette ultra-rapidité a entrainé le fait d’avoir des gens de plus en plus connectés et une offre instantanée de nouveaux contenus en permanence. La population coréenne communique en permanence via les différentes plateformes sur n’importe quelles activités de leur quotidien.

On distingue facilement le comportement d’utilisation de la population dans la structure et composition des villes. On peut remarquer l’omniprésence des accès « Wifi gratuit » en ville (Rue, métro, Bus,…) et même en pleine forêt ou sur les plages.

Même si pour les créateurs de contenus, cela peut demander des efforts considérables pour capter l’intérêt des utilisateurs coréens ; la Wifi disponible à tout moment est un véritable atout pour nos visiteurs étrangers. Ils peuvent avoir accès à leur smartphone partout, ce qui est avantageux dans un pays comme la Corée sachant que l’anglais n’est pas pratiqué par tous, d’autant plus hors des chemins battus.

Comment envisageriez-vous votre métier sans le digital ?

Sans le digital, je ne pourrai pas faire mes missions en lien avec les réseaux sociaux, c’est-à-dire Instagram, Facebook, YouTube. Cela n’impacterait par contre très peu l’organisation de mes tours en Bus, à part pour la communication actuellement mise en place.

Étant donné que l’offre touristique resterait la même, nous aurions juste à ré-orienter nos actions de promotions sur d’autres type de médias tels que la télévision, la presse et la radio. Comme j’ai pu l’évoquer auparavant, je réponds déjà à des interviews sur des supports non-digitaux ; nous aurions donc juste à repositionner notre stratégie et accroitre les actions de ce type. Nous pourrions aussi faire des affiches publicitaires dans les rues.

Comme nous « vendons » une destination, c’est assez facile de revenir sur des moyens de communications qui existaient déjà avant l’arrivée du numérique.

Cela voudrait-il dire que vous cibleriez la population coréenne ?

Oui cela réduirait considérablement la cible étrangère même si j’ai eu la chance d’avoir fait des interviews télévisées qui ont été diffusées en Europe.

Sachant que je vis en Corée, mes apparitions télé sont principalement produites et diffusées par des médias coréens.

Sachant que cela modifierait et réduirait mes missions, je pourrais me spécialiser davantage sur cet aspect de promotion internationale.

Est-ce que vous avez vu un changement de comportement touristique avec l’arrivée du Coronavirus ?

De la part des coréens, on remarque qu’ils sont plus enclins à visiter des lieux moins touristiques,  un petit peu plus reculés car il y a moins de risques de contamination.

De plus, notre ville met en avant l’éco tourisme, la qualité de l’air (le bas taux de pollution), les parcs nationaux, nos grands espaces très aérés avec des rivières, des cascades (…) qui attirent de plus en plus la population coréenne et internationale.

On a remarqué une augmentation considérable du tourisme dans certains lieux touristiques que nous n’avions pas avant l’épidémie.

En Corée,  nous avons trois différents stades de mesures prises pour limiter le coronavirus. En  stade III ou II, notre tour de bus ne peut pas fonctionner puisque les regroupements de plus de 10 personnes sont interdits. Les transports en commun eux aussi sont réduits, les activités culturelles ou parcs sont fermés ; de ce fait, nous avons eu beaucoup moins de touristes à ce moment-là.

Depuis que nous sommes repassés au stade I, les touristes sont revenus de plus en plus nombreux. (Hormis les étrangers qui ne peuvent toujours pas revenir dû à l’arrêt des vols internationaux).

Nous avons pu reprendre l’activité des bus avec l’obligation du :

–  Port du masque dans le bus

– Collecter les informations des passagers (numéros de téléphone, nom, date)

– Limitation du nombre de passagers.

Quelle évolution envisagez-vous pour les pays d’Asie suite à cette épidémie ?

Personnellement, je pense qu’il aura une réouverture des frontières inter-Asie qui arrivera bien avant une réouverture internationale.

Comme on peut le voir, Taiwan qui à ce jour n’a quasiment plus de cas de coronavirus sera l’un des premiers pays où l’accès sera autorisé.  Après, une sélection se fera en fonction du nombre de cas par pays et des mesures dans les pays, vers une réouverture progressive.

Il faut se dire que la Corée du Sud est un peu comme une île. Sachant qu’elle est bloquée avec la Corée du Nord, il n’y a pas de moyen terrestre pour venir. Le seul port d’entrée est donc par bateaux partant de Chine ou Russie, soit grâce aux vols internationaux. Il est donc beaucoup plus facile de gérer les entrées/sorties de voyageurs. Le contrôle et les limitations sont plus faciles pour réduire d’éventuelles arrivée ou sortie du virus.

De plus, les mesures et leurs respects par la population locale ne sont pas les mêmes entre les pays. J’imagine peu de coréens, malgré leur envie de voyager, décideront de visiter des pays tel que les États-Unis avant 2 ans.

Quelles sont vos perspectives d’avenir ?

Mon rêve serait d’avoir ma propre émission de télé en rapport avec le voyage. J’aimerais aller à la découverte de lieux et de régions méconnues, visiter des villages et des attractions touristiques encore peu mise en avant, et allez à la rencontre des habitants afin de mettre en avant leur mode de vie et les us et coutumes traditionnelles.

Mon futur professionnel serait de continuer à travailler dans le tourisme en rapport avec la Corée ou l’Asie avec pour fonction principale la promotion touristique. J’aime particulièrement faire la promotion touristique de Jeolla-do.  Cette région montre un potentiel touristique certain. Elle offre de beaux reliefs avec des montagnes, des parcs nationaux, des îles (…), c’est vraiment une région dont j’ai envie de mettre en valeur et de promouvoir, que ce soit par rapport au coréen où étranger.

 

Retrouvez Léa Moreau sur les réseaux-sociaux :

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Léa Moreau - Bus Tour
Léa Moreau et le Bus touristique
Tournage vidéo
Léa Moreau lors du tournage pour sa chaine Youtube