Pouvez-vous me parler de vous ainsi que de votre parcours professionnel ?

Je suis Sylvie, je travaille au Château de Voltaire en tant qu’agent du patrimoine et guide conférencière. Avant d’arriver ici, j’ai fait des études assez variées qui reprennent bien mon poste aujourd’hui. J’ai fait un lycée professionnel avec un BEP comptabilité et un bac pro dans les métiers de l’accueil ce qui m’a permis de faire plusieurs stages dans les métiers du tourisme. Je suis également partie une année en Allemagne pour apprendre la langue, j’ai ensuite réalisé un BTS Tourisme et j’ai passé le diplôme de guide conférencier.

J’ai travaillé à la maison Victor Hugo à Guernesey pendant 3 saisons, et je suis ensuite venue au Château de Voltaire en tant que saisonnière pour au final être embauchée en CDI. J’ai eu également des expériences en office de tourisme dans certaines villes.

Pouvez-vous nous expliquer rapidement l’histoire du Château de Voltaire et ce qu’il représente aujourd’hui au niveau touristique ?

Le château de Voltaire est aujourd’hui lié au philosophe Voltaire qui est venu s’installer dans la ville de Ferney à 64 ans. C’est lui qui a construit ce château et qui a instauré un système économique mais aussi tout une urbanisation dans la ville. Voltaire ne s’’intéresse pas qu’au château mais à la ville entière qu’il a su développer. 100 ans après sa mort la ville de Ferney est devenue « Ferney-Voltaire », une ville directement associée à son nom. La ville est devenue symbolique et a une certaine renommée grâce à lui. On retrouve une statue dans le centre-ville mais également un parc qui expose certaines de ses citations.

Depuis quelques années, il y a également l’association « la société Voltaire » qui publie régulièrement sur lui et qui participe en partie à la conception de certaines de nos expositions et pièce de théâtre. Il y a tout une activité culturelle autour de ce philosophe notamment dans l’enseignement scolaire.

Suite à la mort de Voltaire, 4 familles ont habité dans ce château avant qu’il ne soit racheté par l’état en 1999. Le château a été en partie rénové mais certains tissus ont été récupérés ainsi que les tableaux originaux déjà présents dans le château.

Quelle est la fréquentation des visites sur la basse et haute saison ? Avez-vous constaté des différences depuis la crise ? 

On prend la fréquentation à partir du 1er juin 2018 juste après les rénovations du château. On a eu au total 27 000 visiteurs en sachant que ce n’est pas une année complète, nous avons dépassé les 30 000 visiteurs en 2019 et avec l’année 2020 on est tombé à un peu moins 12 000 visiteurs à cause de la crise sanitaire. L’année 2021 est remontée à 20 000 visiteurs sachant qu’il y a eu 4 mois de fermeture.

On considère la haute saison du mois d’avril jusqu’au mois de septembre, on va jusqu’à septembre car on inclut les journées du patrimoine. En ce qui concerne la basse saison, elle va du mois d’octobre jusqu’au mois de mars.

Il y a une grosse différence entre les deux saisons, par exemple pour l’année 2019 qui est une année sans perturbation, nous avons eu 20 000 visiteurs en haute saison et 10 000 visiteurs en basse saison. C’est assez logique pour nous dans ce type de visite touristique.

La majorité des visiteurs viennent de la région Rhône-Alpes mais nous avons également beaucoup de visiteurs qui proviennent de Suisse. Cette majorité a été très marquée par le confinement puisqu’il y a eu des restrictions au niveau des frontières et entre les régions.  La plupart des touristes ont comme première destination la ville de Genève et profite d’être ici pour venir nous voir, nous avons un arrêt de bus juste à côté qui nous permet d’avoir cette proximité avec la Suisse. On a également des touristes qui viennent pour skier et qui finisse par faire un crochet au château.

Quelle place accordez-vous au digital dans le cadre de vos visites ? Organisez-vous des visites virtuelles ?

Nous avons des bornes numériques présentes dans plusieurs pièces, les visiteurs peuvent les utiliser pour avoir des explications sur les tableaux qui les intéressent. Nous proposons 6 langues étrangères sur les bornes : anglais, allemand, espagnol, italien, néerlandais mais également la langue des signes française.  Nous n’utilisons quasiment plus de cartels pour nos tableaux.  Nos visites n’ont pas de digital, elle reste classique puisque nous avons voulu garder le côté culturel avec les visiteurs. Ce qui a changé avec le covid c’est qu’on a commencé à faire des lives, vidéos sur Facebook pour présenter des œuvres à Voltaire ou des pièces du château.

Au deuxième confinement, on a fait des vidéos qui s’intitulent « 3 minutes, une œuvre » qui détaillait des choses que l’on ne fait pas forcément pendant les visites guidées. Les vidéos sont toujours visibles sur Facebook et on a également publié beaucoup de photos sur Instagram.

On a aussi une web App qui a été mise en place après le deuxième confinement, on a eu le temps de bien la travailler. C’est un QR code à flasher et qui vous dirige sur un site internet et qui permet aux visiteurs de visiter le château quelques années après la mort du philosophe, cela permet de replonger le visiteur dans un autre siècle au temps de Voltaire. C’est un complément pour les personnes qui ne peuvent pas visiter le château ou qu’ils n’ont pas eu le temps.

L’avantage du numérique, c’est de pouvoir changer le texte librement et de pouvoir rajouter des langues facilement. Nous avons donc moins de coûts sur les impressions par exemple. Grâce aux numériques, nous avons également pu rajouter la langue des signes et le néerlandais.

Selon-vous quelles sont les limites du digital dans le secteur du tourisme ?

Nous ne pouvons pas tout digitaliser, dans le tourisme le premier élément c’est « l’humain ». Les touristes ont besoin de garder ce moment privilégier avec le guide. On ne retrouve pas tout dans le digital.

Le digital a cependant eu des avantages pour ceux qui ne pouvaient pas se déplacer et qui ont pu découvrir le château à travers les photos et vidéos de nos réseaux sociaux. Nos réseaux sociaux ont en quelque sorte incité les personnes à venir visiter notre château. Nous avons également pu garder le lien pendant le confinement grâce au digital. L’humain et le digital sont pour moi complémentaires.

Comment voyez-vous l’avenir du tourisme ?

 Je pense qu’il peut y avoir plus de digital comme par exemple la réalité virtuelle, c’est quelque chose qui pourrait être intéressant pour la suite. Cela pourrait permettre des restitutions pour reproduire exactement la même chose qu’à l’époque.

Le digital permet également de faire découvrir la France en dehors de Paris, les touristes ont tendance à oublier qu’il y a également beaucoup à découvrir en dehors de la capitale.