Interview de Sylvain Maeght – Fondateur de l’agence Magadi Voyages, basé sur le tourisme mystère

Pouvez-vous nous présenter succinctement l’agence Magadi VOYAGES et son concept ?

Sylvain Maeght - Fondateur Magadi Voyages

Je suis Sylvain Maeght, fondateur de l’agence de voyages Magadi.

Il faut noter que ce n’est pas une agence de voyage comme les autres. C’est une agence de tourisme mystère, c’est-à-dire que les voyageurs font le choix de voyager vers l’inconnu, et connaissent leur destination uniquement le jour de leur départ : à l’aéroport.

Leurs critères de voyages sont évalués lors d’un questionnaire qui définit quel type de voyage leur correspond, afin de répondre vraiment à leurs attentes. Le but de cette agence, c’est d’apporter un nouveau concept, une nouvelle façon de voyager à travers le monde.

C’est une façon de devenir un « explorateur des temps modernes » et surtout gagner en émerveillement au moment du voyage.

 

Comment avez-vous fondé cette entreprise, et quel parcours professionnel vous a permis de la créer ?

Alors, pour débuter sur mes études, je n’ai pas de formation directement liée au tourisme. J’ai fait une école d’ingénieur spécialisée dans le bâtiment en béton armé. J’étais donc destiné à devenir ingénieur en structure. Après avoir obtenu ce diplôme, j’ai décidé d’aller fêter ça avec des amis. Autour d’un verre dans un bar, nous décidions d’organiser un événement commun et nous sommes tombés sur l’idée de partir en voyage sans connaître la destination. Cela ressemblait juste à une idée vague au départ ! Et puis, nous nous sommes rendu compte que l’idée était finalement plutôt bien pensée. Nous avons donc soumis l’idée à plusieurs connaissances qui se sont révélés partants pour ce voyage. De ce fait, un mail expliquant le concept à été envoyé à une quarantaine de personnes. 18 personnes ont répondu présents, sur la base de 4 jours pour 250 euros et une destination inconnue. C’est de là qu’est parti ce concept en 2012.

J’ai donc conçu ce voyage pour 18 personnes à Milan, avec l’aide d’un ami pour l’organisation. Nous avons commencé par taper des mots clés sur le web comme : voyage surprise, voyage mystère pour essayer de m’inspirer en me disant : je n’avais pas la prétention d’avoir inventé quelque chose. Et je n’avais trouvé aucun exemple sur internet sur lequel m’appuyer. Quelques temps plus tard, un deuxième voyage puis un troisième voyage a été créé, et cela a eu un effet « boule de neige ».. et a abouti par un voyage pour 30 personnes à Prague. De voir l’engouement de cette simple idée, je me suis dit pourquoi pas monter ma propre agence de voyages. A cette période c’était plus compliqué puisque je devais justifier d’une expérience ou d’un diplôme dans le tourisme pour créer mon agence. Plus tard, une loi est passée permettant à quiconque d’ouvrir une agence de voyages et j’ai donc pu m’y intéresser plus sérieusement. Ce qui était bloquant c’était auprès de l’APST, Atout France, le fait de ne pas avoir d’expérience, est ce que j’allais pouvoir obtenir ma licence de voyages ? Je me suis dit que si le projet tenait la route, il n’y avait pas de raison.

Voilà comment j’en suis arrivé au monde du voyage et la création de mon agence. J’étais tout de même conscient de part ma formation, que je partais d’une feuille blanche dans le domaine du tourisme et je me suis associé à un professionnel de ce secteur en premier lieu. Cependant, nos méthodes de travail ne fonctionnant pas ensemble, j’ai donc repris cette idée seul en 2019 et j’ai créé Magadi. En effet, c’était un long cheminement mais l’agence a vu le jour en 6 mois. Si j’avais une recommandation, c’est qu’il n’y a pas de formation clé pour monter un projet comme celui-ci.

 

Comment avez-vous créé et lancé votre site web pour qu’il soit le plus attractif possible ?

J’ai tendance à être qualifié de curieux car je m’intéresse à énormément de choses. Quand j’ai eu besoin de créer ce site web, je me suis documenté, je me suis inspiré de plusieurs exemples de sites et questionné « comment arrivent-ils à se démarquer » et quelle a été la mentalité derrière cette conception. J’étais donc seul sur ce projet à cette époque, et disposait de peu de moyens pour lancer ce site web. Je ne pouvais pas me permettre de payer un développeur car cela reste très onéreux. Par exemple, j’ai reçu des devis qui s’élevaient entre 15 et 20 000 euros pour la création de ce site internet et cela n’était pas envisageable pour moi.

La chance que j’aie eu, c’est d’avoir cette formation d’ingénieur et donc j’ai commencé à faire des brouillons sur une feuille. Et puis, une nuit je me suis lancé sur WordPress et j’ai créé mon site internet par moi-même, en faisant des erreurs que j’ai corrigées par la suite. C’était énormément de travail. J’ai eu aussi comme mentalité de ne pas générer des « clics perdus » : j’ai conçu mon site de façon à faire la « chasse aux clics ». Et par exemple, mon formulaire que vous retrouvez sur mon site internet : https://www.magadi.fr/form.html .

J’ai conçu ce questionnaire en étudiant la concurrence. Et faire en sorte de me mettre à la place du client : (étudier le nombre de clics pour parvenir au questionnaire, calculer le temps pour remplir ce questionnaire) pour faire en sorte de ne pas y passer plus de cinq minutes pour vingt questions. Cela a été une de mes grosses réflexions pour l’édition de ce site. Se demander également : quelle question est pertinente pour faire en sorte que mon utilisateur aille jusqu’au bout de sa démarche ? Pour que ce site internet soit agréable, qu’il donne envie, le voyage c’est de la beauté donc il fallait que ce site internet soit esthétique. C’est ces petits détails qui font la différence. C’est la notion d’expérience utilisateur qui vous aidera à façonner un site internet.

 

Pouvez-vous nous renseigner sur la place qu’occupe le digital au sein de votre agence ?

Aujourd’hui, mis à part cette expérience de conception de site internet et de formulaires fluides, je considère que mon agence n’est pas vraiment tournée vers l’expérience digitale. On essaye de personnaliser l’expérience client avec les mails personnalisés (envoyés avant le début du voyage). Sur la définition, le digital est présent mais nous pouvons mieux faire. Autres exemples de digitalisation : avant que le client prenne l’avion et connaisse sa destination, on envoie un dernier e-mail avec une playlist musicale inspirée par rapport au pays de la destination (disponible sur plusieurs plateformes en fonction de la préférence du client) .

Au retour du voyage, un autre e-mail est envoyé avec les films à visionner qui sont en lien avec la destination, les recettes, les livres liées à celle-ci (tout cela lié à des pages internet). Malgré tout, cela reste peu aujourd’hui dans cette ère du digital. Je cherche à développer cela avec la création d’une application qui servirait aux clients à retrouver toutes les informations de leur voyage, (billets d’avions, espace personnel, numéros d’urgence). J’aimerais aussi avoir un concept d’application de réalité augmentée.

Quelles sont les tendances sur votre marché concernant les usages du digital ?

Il y’a deux vecteurs, en tant que chef d’entreprise. Il faut regarder cela sous deux aspects : à la fois l’expérience digitale qu’on va apporter à notre client et l’expérience digitale interne. En effet, du point de vu expérience interne, il est toujours intéressant d’avoir de bons outils digitaux pour la gestion de son agence. Cela passe par plusieurs outils : fichiers clients, base de données et statistiques. Un exemple de gestion interne digitale : les données passeports clients avec la date d’expiration/date de naissance de ceux- ci. Cela permet d’envoyer un mail pour souhaiter l’anniversaire ou alors attention un rappel : « votre passeport expire dans moins d’un an » cela relève de la communication digitale. D’un autre côté, c’est à nous en tant qu’agence de développer nos propres outils. Par exemple, les sites de conciergerie à travers le monde, à travers un chat en ligne. Ces services permettent d’apporter un service supplémentaire à nos clients.

Moi, par exemple, je propose le prêt de caméra. Il est vrai que nous ne sommes pas tous équipés de bons matériaux de ce genre quand nous partons en voyage. Je me suis donc dit que j’allais leur proposer gratuitement. Ils vont donc filmer leurs vacances, me renvoyer la caméra et moi, je vais collaborer avec une société qui me permet de faire un montage vidéo/photo de leurs vacances. Premièrement, je peux utiliser ces images pour ma communication site web. Deuxièmement, cette idée c’est aussi mettre en avant la communication digitale avec le bouche à oreille : ces vidéos seront certainement vues par leurs proches, elles seront postées sur leurs réseaux sociaux. Même si j’ai l’achat de caméra à mes frais, et le montage vidéo, le ratio n’est pas si important que ça si on considère aujourd’hui les tarifs de vidéos sur internet pour avoir de belles images, ce qui est horriblement cher. On est à cheval sur un sujet de communication/marketing liant le digital puisque cela implique l’utilisation des réseaux sociaux à travers un support digital : la vidéo.

Quels sont les enjeux pour une agence de voyages d’être autant présente sur les réseaux sociaux ?

Premièrement, je pense qu’il faut savoir faire vivre les réseaux sociaux, notamment pour montrer que l’agence existe et qu’elle a de l’activité. Personnellement, je me fais certaines réflexions quand je regarde les réseaux sociaux des concurrents, quand je vois qu’ils ne postent pas depuis un long moment je me dis que l’agence est laissée à l’abandon. Deuxième élément : le nombre de followers. Si je devais refaire un compte Instagram (pour mon agence) aujourd’hui, j’achèterais des followers. Cela aurait pour but de débuter avec un certain nombre de followers, ce qui fait que quand les utilisateurs passeraient sur ce compte ils se diraient : « c’est suivi, c’est connu, je vais peut-être songer à passer par cette agence pour mes vacances ».

Aujourd’hui je suis à 1400 followers et je trouve que ce n’est pas assez. D’où cette réflexion : l’effet vitrine est important. Troisième élément : je parlerais uniquement d’Instagram car pour moi c’est celui qui se démarque des autres réseaux. Aujourd’hui, je pense que la tendance se tourne aussi vers les opérations de communication avec les influenceurs et les marques. Cela peut révéler une certaine notoriété pour les agences. Par exemple, avant le confinement, je souhaitais mettre en place une opération de communication avec un couple de blogueurs. L’objectif était de les faire voyager avec 4 de leurs followers, ces followers à travers un jeux concours et un tirage au sort sur Instagram. Le budget total de l’opération s’élevait à 15 000 euros. Cela aurait permis une certaine visibilité, l’occasion de se faire connaître via les réseaux sociaux.

La seule chose dont il faut être conscient, c’est qu’être simplement présent sur les réseaux sociaux ne nous fera pas avoir plus de clients. Il ne suffit pas de poster tous les jours, il faut avoir un réel contenu. Faire vivre ses réseaux sociaux ça passe par les opérations de communications avec les blogueurs par exemple : montrer que des lots sont à gagner, cela prouve un aspect « cool et fun » de la marque et de ses équipes. Bien sûr, tout cela demande un réel travail, et d’ailleurs, j’ai moi-même mis longtemps à comprendre que le métier de ommunity manager était un réel métier.

D’après vous, quelles sont les tendances digitales que vous pourriez développer avec la crise sanitaire actuelle ?

L’idéal serait de réussir à faire voyager les utilisateurs depuis leur canapé. On peut l’imaginer de plusieurs façons différentes : ouvrir un joli livre de photos, mettre son téléphone en mode réalité virtuelle où on pourrait par exemple découvrir un bel hôtel aux Maldives. Il manquerait malgré tout cette sensation de chaleur, d’odeurs, d’authentique. Même si je conçois que cela peut faire rêver en cette période. J’ai pu remarquer que, certaines agences étrangères, implantées en Afrique du Sud ont pu faire des lives Instagram en immersion dans les parcs naturels animaliers. A travers un écran, ils se baladaient dans la brousse en 4×4 à la découverte des animaux : certes, c’est une expérience digitale, mais cela se résume pour moi à « vivre les choses derrière son écran ».

Or, la définition du voyage c’est d’aller vivre en complémentarité avec les cultures. Je n’ai donc pas vraiment de recommandation sur ce sujet. Cela reste ma vision personnelle mais, par exemple, moi en voyage j’adore aller chercher l’expérience au cœur du pays, être en immersion dans une famille, échanger des mots, des regards.. Je n’imagine pas cela possible à travers un écran pour les métiers du voyage.

Selon vous, quelle est la clé du succès pour lier tourisme et digital ?

Cela va être très succinct, en un mot : une expérience client réussie. Il n’y a pas plus à développer. La seule difficulté est d’enrichir et améliorer cette expérience à chaque fois un peu plus. Le digital passe forcément par l’expérience client.

Quels sont vos projets de développement pour votre agence on-line dans les années à venir ?

Comme je le disais, je travaille sur le développement de mon application. Pour rappel, mon agence dispose déjà d’un concept « insolite », et j’essaie de donner à ces voyages un côté ludique et mystérieux.

C’est pour cette raison que, quand mes clients arrivent à l’aéroport, je leur transmets une valisette en cuir avec toutes les informations du voyage à l’intérieur. Je trouve que cela donne un côté divertissant. Malgré tout, j’aimerais rendre le voyage en lui-même plus attractif dans cette nouvelle application : des petits défis durant le voyage, une chasse aux trésors…. À l’échelle de la technologie d’aujourd’hui. Encore une fois pour enrichir l’expérience client.

Ci dessous, retrouvez une vidéo explicative de l’agence, pour la visualiser : cliquez ici